Public Affairs pendant la formation des gouvernements

ByCharline Desmecht

Public Affairs pendant la formation des gouvernements

La Communauté germanophone a réussi à former un gouvernement 2 jours après les élections, avec un renouvellement de la coalition précédente.

Pour la Région de Bruxelles-Capitale, il a fallu 52 jours pour définir à 6 partis, un parcours pour les 5 prochaines années et choisir 8 membres du gouvernement – 5 francophones, 3 néerlandophones. Dans un même mouvement, un accord a été trouvé pour les instances exécutives des Commissions Communautaire française, flamande et commune. Les socialistes et les écolos ont chacun leur homologue néerlandophone à bord, et sont accompagnés de l’OpenVLD et de Défi.  Cette légère asymétrie n’étonne plus personne à Bruxelles. D’abord, les groupes linguistiques se sont penchés séparément sur la question de savoir avec qui ils allaient former leur partie du gouvernement, et ensuite, ils ont entamé les négociations tous ensemble. Une tentative de prendre in extremis le MR à bord, soutenue depuis l’extérieur de la Région, n’a pas été couronnée de succès : à Bruxelles, on règle d’abord ses comptes entre bruxellois, et 30 ans après la création de la Région, c’est un signe clair de maturité.

Ce fut ensuite au tour de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 106 jours après les élections, de présenter fièrement un accord de coalition et un gouvernement. Les parlements se chevauchent (à l’exception des Bruxellois francophones qui ne siègent pas au Parlement wallon), mais les gouvernements sont totalement séparés : 2 Ministres-Présidents donc, et un gouvernement de respectivement 8 et 5 ministres. L’échec de la tentative de former un gouvernement « coquelicot » minoritaire avec l’aide de la société civile a fait en sorte que les véritables négociations n’ont vraiment commencé qu’au début du mois de juillet. A l’arrivée, la date limite du début de l’année parlementaire a été loupée de justesse, mais l’accord a été conclu pile à temps pour les fêtes de Wallonie qui débutaient le 14 septembre !

Le dernier accord de coalition conclu à ce jour est celui du gouvernement flamand, 127 jours après les élections. En fin de compte, la coalition précédente a été maintenue, mais l’équilibre entre les partis et les visages de ceux ayant remporté les portefeuilles ministériels ont connu d’importants changements, tout comme les priorités de fond. Le parcours de cette formation gouvernementale a été beaucoup plus délicat que dans les autres entités fédérées, grâce au souffle chaud du Vlaams Belang et aux diverses stratégies de négociation et de positionnement qui en ont découlé. Une fois la dernière ligne droite entamée, les partis autour de la table ont encore mis plus de deux semaines avant de franchir la ligne d’arrivée, ce qui reflète assez bien les nombreuses tensions entre eux, mais aussi au sein des partis eux-mêmes. Il y a également eu le sentiment que le travail n’était pas complètement terminé, parce que l’opposition a immédiatement exigé les tableaux budgétaires lors de la déclaration de gouvernement.

Et qu’en est-il au niveau fédéral ? Prenez tous les ingrédients qui ont donné lieu à de la complexité pour les entités fédérées, secouez bien, assaisonnez d’élections imminentes à la présidence de plusieurs partis, versez doucement le souvenir du record de 18 mois d’affaires  courantes en 2010-2011, ajoutez le “traumatisme” d’un gouvernement sans majorité dans le groupe linguistique néerlandophone, et réchauffez le tout avec des déclarations sur Twitter, dans les journaux et dans les émissions de télévision. Ensuite, attendez patiemment le résultat.

En tant que professionnels en Public Affairs, pouvons-nous nous asseoir et nous détendre pendant ce temps ? Bien sûr que non. Avec un peu de nostalgie, on peut même repenser à la plus longue formation de gouvernement jamais vue (541 jours), lorsqu’un tout nouveau terrain de jeu s’est ouvert : un parlement particulièrement “activiste”, qui a alors mis en branle une dynamique sans précédent – tant pour les politiciens que pour les lobbyistes. Ne pas avoir à tenir compte d’accords de coalition pour alterner les majorités : le feu d’artifice fut sans précédent.

Pendant la formation d’un gouvernement, peu importe la durée, les Public Affairs demeurent un art en soi. Il s’agit de rester en contact à la fois avec les négociateurs, mais aussi avec l’équipe qui s’occupe des affaires courantes. En ce qui concerne ce dernier point, l’approche pragmatique des affaires courantes semble – à juste titre – se confirmer : des initiatives gouvernementales totalement nouvelles sont clairement inacceptables, mais il existe des contraintes budgétaires et tout ce qui passe par le Parlement peut aller de l’avant puisque dans ce cas, le contrôle démocratique est garanti. Et en ce qui concerne les négociations, il est très important de rester à l’affût : une phrase magique dans un accord de coalition peut avoir une grande importance pour les résultats qui seront recherchés pendant la législature. Enfin, le climat de formation du gouvernement en dit long sur l’atmosphère qui finira par prévaloir au sein du gouvernement. Cette période de transition est donc un contexte avec d’autant plus de challenges pour comprendre et aborder ce qui est en jeu. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour être à la hauteur.

Leave a Reply