Workshop C²: L’essor des médias alternatifs en Belgique, une approche différente de plus en plus populaire

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Workshop C²: L’essor des médias alternatifs en Belgique, une approche différente de plus en plus populaire

Ce jeudi 25 avril, c’est chez Whyte Corporate Affairs que s’est déroulé le second workshop C² de l’année sur l’essor des médias alternatifs en Belgique. En présence de Philippe Engels, cofondateur du magazine Médor et de Pieter Bauwens, rédacteur en chef du site Doorbraak.be, nous avons eu l’occasion de faire un tour d’horizon de la situation des médias alternatifs en Belgique qui, depuis quelques années, gagnent progressivement en popularité des deux côtés du pays.

La situation actuelle
Selon une étude menée par Whyte Corporate Affairs, tous les médias traditionnels ont subi une baisse de la confiance du public entre 2012 et 2017, ce qui montre donc une opportunité importante pour les médias alternatifs. Malgré cette situation avantageuse pour les médias alternatifs, certains challenges persistent. Sans pub et sans sponsors pour assurer leur indépendance, ils comptent sur la fidélité de leurs abonnés. Certains subsides publics existent, mais nos invités nous ont confirmé qu’il s’agit là d’un sujet délicat ; non seulement l’octroi de ces subsides soulève des questions d’indépendance mais la définition de critères objectifs pour en bénéficier reste également difficile.

Deux visions d’un même concept
Selon Philippe Engels, cofondateur de Médor, magazine trimestriel francophone fondé en 2015, la crise de la presse traditionnelle est bien réelle et il évoque deux raisons à cet état de fait. Premièrement, la « tyrannie du format court » : une grande partie du public ne consacre plus suffisamment de temps à la lecture. Ce n’est pas la seule chose qui diminue, les salaires des journalistes ne sont plus à niveau non plus. Philippe Engels voit la solution dans la formule de Médor : un trimestriel vendu à 17 euros permettant aux journalistes de prendre le temps nécessaire pour développer le contenu de leurs articles et d’être mieux payés pour le faire. Avec 2.600 abonnés, le magazine se porte déjà bien, et la prochaine étape est déjà envisagée sous la forme de la publication digitale sur un site internet.

Quant à Doorbraak.be, il se revendique comme un site d’opinion qui n’est pas forcément neutre mais qui reste objectif. Son rédacteur en chef assume l’identité flamande du site dans tous les sens du terme. Selon lui, une certaine perspective est inévitable mais les lecteurs en sont conscients. Doorbraak.be, qui trouve ses origines dans un magazine fondé par Wilfried Martens en tant que plateforme pour ses idées sur le confédéralisme, a vécu une période de transition du papier vers le numérique avant de devenir uniquement un site internet. Tout en gardant une ligne politique, une importance particulière est donnée à la volonté de toucher toutes les opinions et de ne pas s’enfermer sur ses propres croyances car c’est comme ça que le débat reste possible. La croissance est au rendez-vous, avec plus de 17.000 visiteurs par mois, mais Doorbraak.be ne compte pas s’arrêter là. En plus du site d’opinion, une deuxième page journalistique est en cours d’élaboration.

Le combat continue
Malgré les différences entre Médor et Doorbraak.be, ils s’accordent sur plusieurs points fondamentaux. Ils n’ont pas l’intention de surfer sur les flux d’informations de plus en plus rapides qui rythment les rédactions des médias traditionnels. La volonté des médias alternatifs est de traiter l’actualité d’une manière différente et de prendre le temps de le faire. Prendre plusieurs semaines voire mois pour l’écriture d’un article d’investigation ne pose pas de problème si cela signifie une contextualisation et une vérification approfondies de l’information. « Nous ne voulons pas entrer dans le modèle économique actuel où les lecteurs finissent par retrouver le même texte de la même dépêche dans le différents médias », nous disent-ils. Leur présence sur internet, nécessaire pour toucher plus de monde, ne devrait rien y changer. L’enjeu derrière ce modèle de « slow journalism » est d’entretenir le débat en proposant du contenu qui peut aller à l’encontre des croyances établies du public. Exit les informations en 280 caractères, issues de notre cercle social qui ne viennent que conforter nos opinions personnelles, place à la réflexion hors de notre zone de confort. Et pour faire du journalisme de qualité, il n’y a pas de secret, un modèle payant est nécessaire. Nos invités l’affirment, le journalisme « gratuit » en ligne tel que nous le connaissons aujourd’hui a atteint ses limites.

 

by Zsófia Szakony – trainee

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