NIMBY and the City : Le strike réussi de la « Plateforme Marolles ».

ByWhyte

NIMBY and the City : Le strike réussi de la « Plateforme Marolles ».

Yvan Mayeur l’a annoncé il y a dix jours : la Ville de Bruxelles a décidé d’abandonner le projet de parking qui devait s’ériger sous la place du Jeu de Balle au profit d’une « solution alternative ». Cet abandon signe avant tout la victoire d’une mobilisation citoyenne très large, qui fut rapidement constituée, parfaitement organisée et qui dépassa largement les seuls riverains et « contestataires habituels ». Comment ce mouvement citoyen s’est-il organisé pour rallier autant de sympathisants et pour infléchir la politique de la ville ? Comment la ville de Bruxelles aurait pu envisager sa propre stratégie de communication afin d’éviter ce revers ? Analyse.

Novembre 2014. La ville de Bruxelles annonce un vaste plan de mobilité, porté en premier lieu par son nouveau bourgmestre, Yvan Mayeur, et son échevine de la mobilité, Els Ampe. Ce plan, qui vise à réorganiser la mobilité au sein du Pentagone, inclut la création de quatre nouveaux parkings, dont un sous la Place du Jeu de Balle, au cœur des Marolles. En quelques jours à peine, de nombreux habitants, associations et habitués de cet endroit mythique de Bruxelles décident de s’unir au sein de la « Plateforme Marolles » afin de contrer le projet. Un mouvement de « Not In My Back Yard » à « Not In My City » voit le jour.

La stratégie du passage en force : un pari risqué
Face à ce mouvement citoyen engagé et déterminé, la stratégie de communication mise en place par les autorités publiques pour défendre leur plan et répondre aux arguments avancés par le collectif a vite eu tendance à être confuse, ce qui renforça d’autant l’argumentaire de leurs opposants. Les arguments avancés tour à tour par la Ville pour tenter de rassurer les adversaires au projet furent tous, les uns après les autres, défaits par la Plateforme Marolles grâce à leur connaissance du quartier et aux informations qu’ils avaient à leur disposition, dont le fameux « cahier des charges » destiné aux concessionnaires privés souhaitant remettre une offre pour la construction du parking. Le Ministre-Président bruxellois, de son côté, qualifia « d’instrumentalisation du patrimoine » la demande de classement de la Place du Jeu de Balle initiée par le collectif et l’association Pétitions-Patrimoine. Celle-ci était pourtant légale et légitime puisqu’elle respectait à la lettre le Code bruxellois de l’Aménagement du Territoire (CoBAT), mis en place par son propre gouvernement.
Face aux dizaines de milliers de signatures citoyennes réclamant l’abandon du projet (plus de 23.300 signatures recueillies en 22 jours), cette forme d’obstination politique quelque peu autoritaire a eu pour effet de donner l’impression à l’opinion publique et aux médias que la Ville de Bruxelles ne prenait pas en considération le citoyen et qu’elle préférait la stratégie du « passage en force ». De quoi décrédibiliser l’autorité publique, initiatrice du projet, ce qui eut pour conséquence de conforter la détermination des opposants et de renforcer la sympathie du public et des médias à leur égard.

Le phénomène NIMBY et la « Plateforme Marolles » : un modèle de communication
Cette mobilisation autour d’un projet NIMBY est un mouvement connu et répandu lorsqu’un projet tend à modifier de manière importante le cadre de vie des habitants. La Plateforme Marolles choisit de communiquer, contrairement à la Ville, de manière numérique : elle positionna son site Internet comme un véritable relais stratégique des différentes informations (affiches à télécharger, structuration des arguments de façon claire et notes juridiques, suivi des démarches initiées par le collectif, communiqués de presse, etc.), elle initia une pétition en ligne et utilisa les médias sociaux Twitter et Facebook pour annoncer ses actions, mobiliser des sympathisants et offrir une plateforme pour le débat. D’un point de vue du contenu, leurs arguments, qu’ils soient de nature historique, juridique, pratique ou émotionnelle, ne pouvaient laisser les citoyens et les médias indifférents. Dans une argumentation, l’aspect émotionnel n’est pas à négliger : dans ce cas-ci, s’attaquer à la Place du Jeu de Balle revenait à s’attaquer aux chiffonniers qui y font commerce. La symbolique de ce message est importante et le collectif l’a bien compris.
Aujourd’hui, celui qui ne prend pas les mouvements NIMBY au sérieux commet une énorme erreur. Diverses règles doivent donc être prises en compte lorsqu’un projet, ayant des conséquences sur l’environnement immédiat des riverains, est mis en place :

Rester maître de sa communication. Si on souhaite garder le contrôle des évènements, il existe un préalable indiscutable : établir un dialogue constructif, c’est-à-dire une communication bidirectionnelle, dès l’entame du projet, lorsque des modifications sont possibles. En d’autres mots, il est important, avant d’initier son projet officiellement, de réunir toutes les parties prenantes pour se concerter avec eux, leur expliquer la nature du projet, leur présenter des arguments solides susceptibles de les convaincre de son bien-fondé, écouter leurs griefs et leur proposer, de son propre chef, des alternatives crédibles, préalablement étudiées.
Impliquer vous-même vos adversaires. Dans la mesure du possible, il est même souhaitable de les intégrer au projet, en les faisant participer et en leur permettant d’émettre des idées et des suggestions. En effet, celui qui se sent réellement impliqué adoptera une attitude nettement plus constructive et positive.
Garder une vision d’ensemble. Il est également important de prendre au sérieux les suggestions, remarques et doléances des différentes parties prenantes et d’y répondre par un argumentaire sans faille et une communication transparente, cohérente et constante.
N’arrêtez pas de communiquer. Une fois le projet lancé, il est recommandé de maintenir ce dialogue tout au long de sa concrétisation.

Conclusion
En agissant de la sorte, les autorités politiques bruxelloises n’ont pas simplement dû renoncer à leurs plans initiaux, elles ont surtout écorné leur image et celle de l’institution qu’elles représentent. Cette stratégie de communication un peu brouillonne et mal préparée a eu pour conséquence d’imprimer une marque négative à un vaste plan de refonte de la mobilité alors qu’il aurait pu être l’occasion de rassembler les Bruxellois et leurs hommes politiques autour d’un projet fédérateur et mobilisateur. Une occasion manquée certes, mais une belle leçon de communication.

Laurent Fierens Gevaert, Consultant Whyte Corporate Affairs

 

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