Opinion: Ils veulent tous être Macron!

ByOlivier Henry

Opinion: Ils veulent tous être Macron!

Written by Olivier Henry, Senior Consultant, Whyte Corporate Affairs

Le séisme Macron est-il transposable en Belgique? On pourrait penser que le phénomène se limitera à la seule France, qu’une telle tornade n’est pas envisageable dans un pays comme le nôtre, que nous n’avons pas besoin d’un homme providentiel, que le modèle proportionnel nous protège d’un tel chamboulement, que les partis traditionnels existeront à jamais. Nous pouvons le penser mais en sommes-nous profondément convaincus?  Mais tout d’abord, c’est quoi exactement, ce phénomène Macron? Vous savez, cette comète qu’on regardait au loin, il y a plus d’un an et que personne, ou si peu de gens, ne voyait atterrir avec fracas sur la planète politique, renversant tout sur son passage en creusant ce que certains pourraient être tentés d’appeler, compte tenu du raz-de-marée législatif, une dictature éclairée.

Macron le conquérant

Petit rappel des faits. Un ministre se sentant trop à l’étroit dans un gouvernement où mener une réforme était encore plus difficile que de gagner un dixième titre à Roland-Garros pour Rafael Nadal.  Une vision très moderne de la société reposant sur la conviction que le clivage gauche-droite n’était plus le combat politique à mener. Une envie de transgression sans pareille d’un homme ayant connu le système de l’intérieur. Un mouvement En Marche! qui utilise les nouvelles technologies de réseautage tout en déployant une vraie politique de terrain délaissée par les partis traditionnels. Des meetings qui ressemblent plus à des concerts de rock où la star est prête à se casser la voix pour haranguer et motiver son public toujours plus nombreux, toujours plus séduit. Un second tour face au Front national et le risque assumé d’un débat télévisé qui aura permis de démontrer la vacuité du programme de Marine Le Pen. Une adversaire ne pouvant échapper aux coups de boutoir du puncheur Macron dont l’uppercut sur l’euro restera dans toutes les mémoires. Un soir de victoire immortalisé par cette photo de dos traversant les travées du Louvre pour aller rejoindre ses supporters.  Une descente des Champs Elysées en voiture militaire prédestinant une volonté jupitérienne de gérer la France. Un “troisième tour” législatif qui s’annonçait périlleux et qui permet finalement à La République en marche de se passer du Modem et d’obtenir une majorité absolue au Parlement.  Même si le président Macron est aujourd’hui confronté à la dure réalité de la gestion quotidienne d’un pays, son ascension fulgurante à la tête de la France restera comme une des plus belles conquêtes politiques de ces dernières décennies. Et la question peut donc être posée: un tel chamboulement est-il possible chez nous, dans la partie francophone du pays? L’avènement d’Emmanuel Macron et le triomphe de La République en marche suscitent évidemment des vocations au-delà des frontières de l’Hexagone. Quel homme politique ne se rêverait pas en homme providentiel, incarnant le renouveau politique tant attendu?

Les candidats au titre

Passons en revue les “candidats au titre”.  Benoît Lutgen pense certainement qu’avoir débranché la prise d’un gouvernement en plein exercice est suffisamment disruptif pour faire de lui le Macron wallon. Olivier Chastel pourrait également oser la comparaison en prétendant avoir contribué à enfin changer de paradigme politique en Région wallonne en excluant le Parti socialiste de la majorité où il siégeait de manière continue depuis plus de 30 ans.  Paul Magnette pourrait lui aussi prétendre à cette comparaison pour avoir voulu imposer en premier le décumul intégral au sein de son parti et surtout pour avoir choisi de se l’appliquer à luimême juste avant d’être déchu de son titre de ministre-président wallon.  Olivier Maingain pourrait-il remporter la mise? Il se joue actuellement de tous les pièges d’un changement de majorité bruxelloise et se permet de prendre la main dans une négociation qui n’en est pas une. Il va même jusqu’à proposer un nouveau programme de gouvernance qui a d’ores et déjà obtenu l’aval d’Ecolo/Groen et qui pourrait bientôt être soutenu par le PS bruxellois qui maintiendrait ainsi sa présence au gouvernement.  Conclusion? Difficile d’imaginer un de ces quatre protagonistes comme le digne représentant d’un renouveau politique alors qu’ils sont exposés sur tous les fronts médiatiques depuis au moins dix ou vingt ans! Mais que dire alors de ce Monsieur Hedebouw, Raoul, que personne ne connaissait voilà une paire d’années et dont le parti est aujourd’hui crédité dans un dernier sondage, pas tout à fait officiel, de plus de 25% des intentions de vote en Wallonie, laissant le Parti socialiste loin derrière à la troisième place. Hedebouw aussi a vu exploser sa cote de popularité et est désormais omniprésent dans les médias. Toutefois, il n’a pas démontré le charisme ou l’intelligence de Macron, et ses sorties populistes – et clivantes – font de lui une personnalité plus proche de Jean-Luc Mélenchon que de l’actuel Président. Et il devra rester attentif à la gestion de cet envol des intentions de vote: en France, les Insoumis n’ont pas réussi à transformer l’essai de leur succès à l’élection présidentielle.

Vers un nouveau paradigme?

Pourtant, en tout état de cause, une nouvelle offre politique pourrait parfaitement éclore en Wallonie et à Bruxelles. Les déceptions consécutives aux trop nombreuses révélations de ces derniers mois, même si elles ne touchaient finalement que quelques brebis galeuses, ont fortement affecté l’image et la perception du monde politique dans son ensemble. Nos citoyens, et tout particulièrement notre jeunesse, sont aujourd’hui en manque de fraîcheur, d’un nouveau courant emblématique, d’un personnage charismatique qui les dirigerait enfin clairement vers un nouveau futur, en attente d’une nouvelle pépite authentique haranguant les foules de propos enfin clairs, vrais et cohérents, définissant de manière simple un nouveau paradigme qui intégrerait les mutations de la troisième révolution industrielle. Il faudra peut-être encore du temps avant cette régénération. Espérons toutefois que cette attente ne verra pas vaincre les forces populistes qui ont déjà réussi leurs avancées en Angleterre ou aux Etats-Unis. Ils veulent tous être Macron et il n’y en aura certainement qu’un… Nous attendons toujours de le découvrir et qu’il se mette en marche!

Ils veulent tous être Macron! | L’Echo 09/08/2016

 

 

 

 

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